Aspectamen (partie 1)


Voici la première partie de ma nouvelle « Aspectamen ». Bonne lecture et soyez indulgent, il s’agit de mon premier écrit. Il date d’un peu plus d’un an maintenant, et j’espère avoir progressé depuis.

aspectamen

     Le silence interrompit la conversation. Pourtant, rien ne semblait expliquer pourquoi. La discussion s’était brutalement arrêtée, comme les prémices qu’un événement important allait se produire, les protagonistes l’avaient ressenti.

C’est alors qu’un crépitement se fit entendre. D’où pouvait bien provenir ce bruit ?

Un jeune homme d’une vingtaine d’années, assez grand, se leva et se mit à chercher la source de ce petit son étrange.

La demeure dans laquelle il se trouvait était une vieille maison très sombre dont le plancher, encore celui d’origine, paraissait mal entretenu. Il craquait sous les pas pourtant délicats de celui qui ne voulait pas se faire repérer. Le bruit semblait provenir d’une grosse cheminée poussiéreuse située en face de la grande table où se trouvaient les convives. Plus l’individu s’approchait, plus le son se faisait intense et sourd.

— Oh, quel vacarme ! Prends garde à toi, James ! s’écria une femme qui se tenait assise, juste en face de la cheminée.

Une énorme secousse se fit sentir, accompagnée d’un flash lumineux qui aspira James tout entier à travers l’âtre. Elle se mit à hurler et se précipita pour essayer de retrouver le disparu. Le conduit était très sombre et sale. Elle ne distinguait rien avec précision.

Il régnait alors un silence à glacer le sang. La jeune femme se jeta sur un homme qui se trouvait assis à sa gauche juste avant cet enlèvement plus qu’étrange.

— Aide-moi, Nick, je t’en supplie, aide-moi ! Il faut retrouver James !

Ce dernier, qui semblait pourtant, bien vaillant, restait complètement immobile ; il fixait la cheminée d’un regard empli de peur et d’étonnement. La jeune femme se mit à le secouer violemment pour obtenir une réaction. Il entrouvrit les lèvres et laissa s’échapper quelques mots à peine audibles.

— Mais… mais… c’était quoi ça ? Où est-il passé ?

— Enfin, tu te réveilles, vite, aide-moi à le retrouver ! grommela-t-elle, visiblement agacée et paniquée.

         Les deux jeunes gens se mirent alors à chercher James. Ils se dirigèrent vers l’escalier en imaginant que James se trouverait peut-être un peu plus haut dans le conduit de cheminée comme s’il avait été aspiré et rejeté à l’étage au-dessus ; cette idée paraissait très peu probable, mais Jenny et Nick, trop éprouvés au vu d’un tel événement, ne parvenaient pas à être rationnels.

L’escalier qu’ils empruntaient était large et très ancien, entièrement fait de bois, mais comme le reste de la maison, pas vraiment entretenu. Il était extrêmement poussiéreux si bien qu’on ne pouvait en donner la couleur d’origine, ni même deviner de quelle variété il s’agissait. Les marches craquaient sous leurs pas tandis qu’ils arrivèrent à l’étage supérieur.

Ils se dirigèrent vers la droite du palier et se trouvèrent alors devant une double porte, tout aussi négligée que l’escalier qu’ils venaient d’emprunter. Jenny prit son courage à deux mains, retint son souffle et tourna la poignée. Les deux individus pénétrèrent dans les lieux dans un grincement pénible.

La pièce était d’une belle taille et entièrement vide, ce qui accentuait encore cette impression de grandeur. Juste en face se trouvait une fenêtre par laquelle on pouvait apercevoir la lueur d’une lune pleine se refléter difficilement sur les carreaux qui n’avaient pas dû voir un chiffon depuis fort longtemps. Nick tenta alors d’actionner l’interrupteur, mais la lumière ne fonctionnait pas. Ils se dirigèrent donc ensemble, tant bien que mal, vers la cheminée située sur leur gauche, éclairés par une nuit sans nuages.

— James, tu es là ? demanda Jenny.

Elle discernait très peu de choses dans ce conduit sale et sombre, mais au vu du silence qui y régnait, elle n’était pas surprise de ne pas avoir de réponse.

Soudain, un claquement semblable à celui d’une porte se fit entendre, Nick et Jenny furent pris tous deux d’un même sursaut de peur. Les volets de la maison se mirent à se fermer et à s’ouvrir tout seuls dans un ballet synchronisé, les portes les imitèrent. Le bruit généré par cette danse endiablée était devenu si fort que Jenny et Nick devaient couvrir leurs oreilles et essayaient de se frayer un chemin pour sortir sans se faire aplatir par la porte tant les claquements de cette dernière étaient violents.

        Une fois revenue à l’étage inférieur, Jenny se hâta de prendre une lampe torche dans son sac, car l’électricité ne fonctionnait plus. La pièce où avait eu lieu l’enlèvement de James était devenue glaciale et les rideaux jaunis, par l’usure du temps, et poussiéreux se mirent à bouger. Jenny sentit un vent froid envahir tout son corps de la racine de ses longs cheveux bruns jusqu’à la pointe de ses pieds. Elle quitta rapidement la pièce afin d’échapper à cette désagréable sensation et partit rejoindre Nick dans le hall.

Ce dernier était dépourvu de mobilier, à l’exception d’un grand miroir accroché à droite de l’entrée principale de la maison qui permettait de jeter un œil à son apparence avant de quitter les lieux. Il semblait pourtant ne pas avoir servi depuis longtemps, car on distinguait à peine la silhouette fine et élancée de Jenny. Cette dernière balaya d’un coup de main la poussière et les toiles d’araignées accumulées sur la surface du miroir afin de se regarder. Elle poussa un cri de panique lorsqu’elle aperçut derrière elle une ombre… elle crut reconnaître celle d’une femme, mais elle n’eut pas le temps de voir de qui il s’agissait. L’apparition s’évapora.

— Qu’y a-t-il, Jenny ? Qu’est-ce que tu as ? demanda Nick, affolé et regardant sa sœur sous toutes les coutures pour s’assurer qu’elle n’était pas blessée.

— Là, derrière moi… il… euh…

— Quoi, derrière toi ? Il n’y a rien, je ne vois rien. Qu’est-ce qui se passe ?

­— Il y avait quelqu’un derrière moi dans le miroir Nick… je ne sais pas qui c’était, une femme, je pense… j’ai eu si peur…

— C’est vrai ? Mais que se passe-t-il ? Cela m’inquiète tout ça… Bon, il faut retrouver James et s’en aller sur-le-champ.

— Entièrement d’accord avec toi. Viens, on va explorer le reste du rez-de-chaussée. Tout à l’air si étrange ici. James n’a peut-être pas vraiment quitté l’étage inférieur, répliqua Jenny en reprenant ses esprits.

          Ils se dirigèrent donc dans une pièce située à gauche de l’escalier. Elle était vaste et contenait peu de meubles : un bahut bas en chêne juste à gauche en entrant, à droite se trouvait une grande armoire en bois de ce qui semblait être du merisier, difficile à déterminer au vu de son état de délabrement. Les portes tenaient dans un équilibre précaire et la penderie en elle-même paraissait tanguer vers le côté, telle la tour de Pise. Au milieu de la pièce trônaient plusieurs canapés, de différentes tailles, un de deux places et un de trois, juste en face. L’ensemble était agrémenté de fauteuils de style Voltaire de part et d’autre, formant ainsi un cercle convivial propice aux discussions du soir devant un bon feu de cheminée. Cette décoration un peu spartiate et poussiéreuse à souhait aurait presque pu être agréable si l’atmosphère qui s’en dégageait avait été plus chaude.

En effet, l’ambiance glaciale de la salle à manger où James avait été enlevé semblait suivre Jenny et Nick dans leur exploration.

Soudain, tous les meubles de la pièce se mirent à bouger, à trembler, à remuer tels des musiciens tapant du pied pour tenir le rythme. Avec les portes et les tiroirs qui s’ouvraient et se fermaient tout seuls, on aurait pu penser que l’on se trouvait à un concert de percussions. Jenny et Nick commençaient à perdre patience et à être de plus en plus nerveux. Tandis que le vacarme causé par les meubles battait son plein, Nick crut entendre un bruit.

— Écoute Jen, quelqu’un parle, c’est une femme on dirait, mais que dit-elle ? Je ne comprends pas…

— Oui, tu as raison, murmura Jenny, apeurée, qui voulait se montrer la plus discrète possible.

— Pour… quoi… ? Pour… quoi… ? gémit-elle ?

La voix paraissait lointaine, comme venue d’outre-tombe.

Jenny et Nick étaient stupéfaits et complètement paniqués, ils se rapprochèrent l’un de l’autre, se mirent dos à dos pour tourner sur eux-mêmes, afin de surveiller chaque recoin de la pièce craignant de se faire attaquer. Le fait de sentir leurs corps se toucher les rassurait un peu. Petit à petit, la voix qui répétait sans cesse le même mot s’étouffa, les meubles s’immobilisèrent, le calme était revenu dans la pièce et les deux jeunes gens commençaient à relâcher un peu leur défense.

— Que va-t-on faire maintenant, Jen ? Comment retrouver James ? demanda Nick inquiet.

— Il faut fouiller toute la maison, on va l’appeler, peut-être nous répondra-t-il, répliqua Jenny qui se voulait apaisante bien que l’on puisse percevoir au ton de sa voix qu’elle ne semblait pas entièrement convaincue de ce qu’elle affirmait.

Comme à son habitude, Jenny avait toujours à cœur de prendre soin de rassurer son petit frère, bien que celui-ci ait maintenant vingt-trois ans, elle avait encore tendance à surprotéger le cadet de la famille. Ce dernier, qui n’était pas en reste, avait beaucoup profité de cette position durant sa jeunesse et l’homme qu’il était devenu, au fil du temps, semblait peu courageux. Dans la situation actuelle, il y avait de quoi avoir peur, mais Jenny avait besoin de lui. Il fallait donc qu’il se sente en sécurité afin qu’ils sortent le plus rapidement possible de cette maison, tous les trois, sains et saufs.

         Encore fallait-il, pour se faire, retrouver James, cela faisait déjà une bonne demi-heure qu’il avait disparu et aucune trace de lui nulle part. Jenny et Nick empruntèrent donc de nouveau l’escalier afin d’explorer les autres pièces qu’ils n’avaient pas encore visitées. Ils criaient son nom à mesure qu’ils avançaient et attendaient toujours un petit moment juste après, pour entendre une éventuelle réponse de la part de leur frère. En haut à droite se trouvait la première salle explorée, à gauche, il y avait deux portes et une en face. Ils décidèrent de la laisser de côté pour l’instant, car ils savaient qu’il s’agissait d’une petite pièce de bain et qu’a priori, dans leur logique, James n’avait aucune raison d’y être. Ils franchirent donc le seuil de celle qui se situait le plus à gauche.

— James… tu es là ? demanda Jenny qui ouvrait doucement la porte grinçante.

— Aidez-moi ! entendait-on faiblement comme si le son provenait de très loin, mais derrière eux.

Jenny et Nick, du coup, ne rentrèrent pas dans cette pièce et tentèrent de localiser la voix de James.

— James, James ! Parle-nous. Où es-tu ? Où es-tu ? cria Nick qui essayait de prendre le ton le plus rassurant possible.

— Je suis là, disait James au loin.

          La voix de James était de plus en plus distincte à mesure que Nick et Jenny s’approchaient de la première pièce qu’ils avaient pourtant visitée il y a peu de temps.

Tandis que Nick ouvrit doucement, Jenny continuait d’appeler James, mais il ne répondait plus. La porte béante, ils poussèrent tous deux un cri d’horreur mêlé de larmes quand ils virent la scène qui se déroulait devant leurs yeux.

James était bien là devant eux, ils avaient du mal à réaliser ce qui se passait ; leur frère se trouvait en lévitation, bras et jambes écartées, il semblait ne pas être conscient. Autour de lui, de la lumière et de la fumée donnaient à l’ambiance un air encore plus mystique. Jenny eut beau l’appeler, il ne répondait plus. Était-il toujours en vie ?

Tout à coup, des cris se faisaient entendre, mais il ne s’agissait pas de James cette fois. Ce cri, presque strident, semblait être féminin et venir d’assez loin avec un écho en bruit de fond. L’intensité des hurlements montait, se rapprochait, et Nick et Jenny virent bientôt une silhouette apparaître dans la pièce et se diriger vers James qui ne réagissait toujours pas. Sous les cris de Jenny et Nick, l’ombre tenait la tête de James entre ses mains, et en un seul coup sec et brutal, elle lui arracha, et la lourda au sol. Le reste du corps bascula vers l’avant à son tour et le spectre disparut dans un cri perçant. La scène d’une violence inouïe laissait à la vue de sa fratrie, James, décapité baignant dans une mare de sang.

— Nonnnn ! hurla Jenny. Pourquoi avez-vous fait cela ?

Elle se jeta sur le corps sans vie de James, rejointe par Nick qui s’agenouilla pour pleurer cette grande perte dans les bras de sa sœur. (À suivre…)

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